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Une amitié sincère

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© RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

Molière lisant son "Tartuffe" chez Ninon de Lenclos, par Nicolas André (1754-1837)

Deux artistes faits pour s’entendre…

Les deux Jean-Baptiste, que dix années séparent, font connaissance durant la jeunesse de Louis XIV, lorsque divertissements et ballets de cour se succèdent presque toute l'année. Au début des années 1660, Molière est un acteur comique fameux, auteur protégé de Louis XIV. Pendant ce temps, un autre artiste charme le roi avec ses talents de violoniste et de danseur. Il s’appelle Giambattista Lulli. Molière et lui partagent le même caractère jovial, un amour commun de la comédie et un sens aiguisé du spectacle, sans compter leur puissance créatrice respective. Le roi ne peut qu'encourager une telle collaboration...

Molière
Molière, Mignard Pierre (1612-1695) (d'après), Nolin Jean-Baptiste (1657-1725) © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles

Molière

par Pierre Mignard (1612-1695)

Lully
Jean-Baptiste Lully (Lulli), surintendant de la Musique du Roi (1633-1687), Bonnart Henri (1642-1711), RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Lully

par Henri Bonnart (1642-1711)

“Lully, fais nous rire !” demandera souvent Molière à son complice...

Lully et les Violons du roy

Lully et les Violons du roy

Almanach de 1669, détail des violons

Un soir d’août 1661, dans les jardins de Vaux-le-Vicomte

À l’été 1661, Lully collabore pour la première fois avec Molière, pour la création de la comédie-ballet Les Fâcheux, dans les jardins de Vaux-le-Vicomte. Fouquet, alors ministre des finances, organise en son domaine une fête somptueuse. La fameuse soirée, avec le repas de mille couverts préparé par le chef Vatel, est trop fastueuse au goût du jeune Louis XIV : elle précipitera la chute du ministre… Mais c’est une autre histoire. Si Molière écrit le texte, la partition des Fâcheux est confiée à Pierre Beauchamps, qui est non seulement danseur de talent, mais aussi compositeur. Lully, lui, ne fait qu’une apparition : il compose la musique d’une petite Courante, chantée et dansée par le personnage de Lysandre, alias Molière. Un coup d’essai qui fait mouche dans l’oreille du comédien…

Vue du château de Vaux Le Vicomte
© Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Vue du château de Vaux Le Vicomte

du côté des jardins, famille Perelle, (17e siècle)

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Vue du village d'Auteuil, près de Paris prise du côté de Passy, Perelle, Famille des (17e siècle) © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Vue du village d'Auteuil, au 17e siècle

Par une nuit bien arrosée, chez Molière...

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Maquette de costumes de Charles Bétout, pour la reprise du « Mariage forcé » à la Comédie-Française en 1922.

"Le mariage forcé" : musique et danse à volonté

Après le coup d’essai des Fâcheux, Le Mariage forcé acte, au mois de janvier 1664, la collaboration entre Molière et Lully ! Le riche Sganarelle a bien l’intention d’épouser la jeune Dorimène, qui, forcément, en aime un autre… Voilà qui promet de réjouissants rebondissements, rythmés par la musique du nouveau complice de Molière. Les spectateurs ont droit à une ouverture instrumentale et vocale, à des récits chantés en duo et en trio qui interviennent dans le cours de la pièce et la danse occupe une place de premier plan...

Le saviez-vous ?
Les Fâcheux, 1921, les masques, Bétout Charles © Coll. Comédie-Française

Le saviez-vous ?

Lorsque l'un de ses personnages est irrécupérable ou particulièrement détestable aux yeux de Molière, il a toujours la particularité… de détester la musique et la danse !

Le Mariage forcé
Le mariage forcé, 1922, le Magicien, Bétout Charles © Coll. Comédie-Française

Le Mariage forcé

Le magicien que consulte Sganarelle

"Il faut absolument que je sache la destinée de mon mariage : et pour cela, je veux aller trouver ce grand magicien, dont tout le monde parle tant, et qui par son art admirable fait voir tout ce que l’on souhaite."

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Dix ans de collaboration

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Le Bourgeois gentilhomme © BNF

Dix ans, onze créations luxueuses

Pendant près d’une décennie, Molière et Lully, encouragés par le roi, vont déployer une énergie phénoménale et développer le genre de la comédie-ballet, honorant les commandes royales dans des délais souvent très courts : un mois, parfois une semaine... Un tempo d'enfer qui témoigne d'une ébouriffante énergie créatrice ! Avec le génie de Lully au service de son théâtre, Molière laisse s'épanouir son goût pour la musique…

La mystérieuse "Pastorale comique"

L'une des comédies-ballets du duo, La Pastorale Comique, composée avec Le Sicilien ou l’amour peintre pour le grand Ballet des Muses en 1667, demeure un mystère : le texte complet n'ayant jamais été imprimé, il n'en subsiste que les parties chantées et une brève description des parties récitées.

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Ballet des muses dansé devant le Roy a St Germain, Lully Jean-Baptiste (1632-1687) © BNF
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Monsieur de Pourceaugnac, Boucher François (1703-1770) (d'après), Cars Laurent (1699-1771) (d'après), Fessard Etienne (1714-1777) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec

Complices à la scène

Si Molière est sans cesse sur scène, Lully l’y rejoint volontiers. Pour la première de Monsieur de Pourceaugnac, à Chambord à l’automne 1669, il est sur tous les fronts : tantôt dans la fosse avec ses musiciens, tantôt sur scène, jouant l’un des musiciens italiens travestis en médecin armé d’une longue et terrifiante seringue, qui poursuit le malheureux Pourceaugnac en répétant les mots « Piglia lo su » : prends ce lavement…

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“Ce n’est ici qu’un simple crayon, un petit impromptu dont le Roi a voulu se faire un divertissement. Il était le plus précipité de tous ceux que sa Majesté m’ait commandés ; et lorsque je dirai qu’il a été proposé, fait, appris et représenté en cinq jours, je ne dirai que ce qui est vrai.”

Molière

avant-propos de "L’Amour médecin"

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La musique sur scène : un vrai défi !

La comédie-ballet est à la fois un espace de liberté génial pour les metteurs en scène... et un sacré défi ! Comment associer théâtre, musique et danse ? La metteure en scène Sandrine Anglade, qui s'est plongée dans Monsieur de Pourceaugnac, témoigne.

Monsieur Jourdain
Monsieur Jourdain, Le Bourgeois gentilhomme, anonyme © CC

Monsieur Jourdain

« Suivez-moi, que j'aille un peu montrer mon habit par la ville. » (Acte III scène 1)

14 octobre 1670, au château de Chambord : Molière, dans le rôle de Monsieur Jourdain, donne la réplique à Lully, hilarant en Grand Muphti. C’est la première du Bourgeois Gentilhomme, sommet de leur collaboration !

La grande cérémonie turque ou l'art du final

Molière connaît son public et sait lui proposer un clou du spectacle qu'il n'oubliera pas ! A l'acte V du Bourgeois gentilhomme, le quatrième et dernier intermède de la pièce est une grande cérémonie turque qui voit monsieur Jourdain, au comble de la béatitude, promu "Mamamouchi". Une apothéose où la comédie, la musique et la danse fusionnent comme jamais.

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© Olivier Lalane, Le Philtre
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Rupture sur fond d’opéra

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Psyché, Lully Jean-Baptiste, Molière, tapisserie © DR

Tapisserie représentant le décor de "Psyché"

"Psyché", un succès tonitruant

Le 17 janvier 1671, Molière et Lully offrent à la Cour un sommet de leur collaboration: Psyché, à la fois tragédie-comédie et ballet d'une durée de cinq heures. Elle a été commandée par le roi pour rouvrir l’immense grande salle des machines du Louvre. Après la cour, le public parisien peut découvrir le spectacle, au Palais-Royal cette fois, que Molière a fait aménager à grands frais pour accueillir cette superproduction riche en effets visuels. Avec 38 représentations et 57 000 livres de recettes, c’est le plus grand succès de la carrière de Molière.

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© Stockholm Nationalmuseum

Dessin pour le costume de satyre jouant du hautbois par Henri Gissey

Un festival d'effets visuels

« Le Théâtre se change et représente le Ciel. Le grand Palais de Jupiter descend, et laisse voir dans l’éloignement, par trois suites de perspective les autres Palais des Dieux du Ciel les plus puissants ; un Nuage sort du Théâtre, sur lequel l’Amour et Psyché se placent, & sont enlevés par un second Nuage, qui vient en descendant se joindre au premier. »

Livret de Psyché

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© CC

Dessin pour le costume de Faune pour Psyché, 1671 Henri Gissey

"Pomone", premier opéra français ?
Pomone. Pastorale mise en musique par Monsieur Cambert, Cambert Robert (1627?-1677) © BNF

"Pomone", premier opéra français ?

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Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique du roi (1633-1687), Edelinck Gérard (1640-1707) © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

En 1672, le temps de l’opéra est venu. Lully s’est emparé du privilège de l’Académie royale de musique. Il tourne ainsi le dos à Molière et à la comédie-ballet, préférant se consacrer à sa future grande invention : l’opéra à la française, la tragédie lyrique.

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