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Surprise, féerie et enchantement

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© Ville de Versailles, musée Lambinet

Au troisième soir des Plaisirs de l'île enchantée, un feu d'artifice est tiré sur le bassin des cygnes

« Les Plaisirs de l’île enchantée » ou le songe d’une nuit de printemps

Mai 1664. Louis XIV, âgé de 26 ans, souhaite donner une grande fête de printemps dans sa résidence favorite, Versailles. Six jours d’effervescence, de défilés costumés, de spectacles, de jeux et de collations en l’honneur, officiellement, de la reine-mère et de la reine, mais, en réalité, de la favorite du moment : Mademoiselle de la Vallière. À Versailles, qui n’est pas encore le siège du pouvoir, les travaux sont en cours et les bâtiments royaux n’ont pas grand-chose à voir avec ceux que nous connaissons…

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© Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Un théâtre de verdure

Les jardins commencent à avoir belle allure grâce au talent de Le Nôtre conjugué à la supervision scrupuleuse du monarque. Un cadre bucolique idéal pour un premier divertissement royal ! Pour organiser ces festivités grandioses, le jeune roi a donné carte blanche au duc de Saint-Aignan, premier gentilhomme de la Chambre. Pour que la fête soit totale et l’émerveillement de tous les instants, Saint-Aignan s’entoure des meilleurs…

Une équipe de choc

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Molière, Habert Nicolas (vers 1650-?), Mignard Pierre (1612-1695) (d'après) © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles

Molière, la plume

Depuis son retour à Paris en 1658, Molière est l’auteur dramatique le plus en vue de la capitale ! Après avoir triomphé avec Les Précieuses ridicules et Sganarelle ou le cocu imaginaire, la troupe a pris ses quartiers au théâtre du Palais-royal au début de l’année 1661 où elle crée L’Ecole des Maris, et reprend la comédie-ballet des Fâcheux. A compter de 1664, la troupe de Molière sera de tous les divertissements royaux et deviendra bientôt Troupe du roi.

Décor de feuillées pour l'arène
© Archives Nationales (France)

Décor de feuillées pour l'arène

Conçu et dessiné par Carlo Vigarani pour la première journée des Plaisirs de l’Ile enchantée, en mai 1664

Carlo Vigarani, l’ingénieur magicien

Coéquipier de Molière, Lully et Beauchamps lors des fêtes royales, Carlo Vigarani, originaire de Modène, est l’un des grands noms des vingt premières années du règne de Louis XIV, période de fêtes et de splendeurs.

Des illuminations à faire pâlir les étoiles

Le divertissement de la première journée est une course de bague durant laquelle les cavaliers tentent de saisir un anneau avec le bout de leur lance ! Au deuxième soir, La Princesse d’Elide, comédie-ballet galante à souhait de Molière, Lully et Beauchamps, régale les invités du roi. Le décor de verdure de Vigarani a été dressé en plein-air. Les musiciens de Lully sont parfois sur scène, aux côtés des comédiens et des danseurs. Pour la reprise de cette comédie-ballet à Paris, il faudra engager des chanteurs et danseurs professionnels, un petit orchestre de huit violons, trois hautbois et un clavecin ! Un sacré budget. Au troisième journée, surprise : une étonnante baleine et ses deux baleineaux, conçus par Vigarani et ses ingénieurs, flotte sur les eaux du bassin d'Apollon. Puis, un grand feu d’artifice, qui se reflète dans l’eau, régale les convives et suscite des cris d’admiration ! Les festivités vont se poursuivre durant sept jours. Molière et sa troupe sont sur tous les fronts : ils donneront aussi Le Mariage forcé et le sulfureux Tartuffe.

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Les Plaisirs de l'Isle enchantée : seconde journée, Silvestre Israël © P. Noack, coll. Comédie-Française

Deuxième soirée

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Les Plaisirs de l'Isle enchantée : Course de bague, Benserade, Isaac de (1613-1691) © BNF

Du 7 au 13 mai 1664, les Plaisirs de l'île enchantée font vibrer Versailles

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Les Plaisirs de l'Isle enchantée : troisiesme journée, Silvestre Israël © P. Noack, coll. Comédie-Française

Troisième journée

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Les Divertissemens de Versailles : cinquième journée, Le Pautre © P. Noack, coll. Comédie-Française

1668 : Le Grand divertissement royal, show à la versaillaise

Quatre ans après la fête des Plaisirs de l’île enchantée, Louis XIV entend célébrer sa victoire sur l’Espagne et la paix d’Aix-la-Chapelle, qui marque le rattachement de plusieurs places flamandes (Lille, Douai, Dunkerque…) à la France avec une deuxième fête grandiose donnée, là encore, à la belle saison, en plein-air, dans les jardins de Versailles. La somme extravagante de 117 000 livres est ainsi dépensée pour la seule soirée du 18 juillet 1668 !

"Georges Dandin ou le mari confondu"
Les Fêtes de 1668 données par Louis XIV à Versailles, Lepautre Jean (1618-1682) © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles

"Georges Dandin ou le mari confondu"

Comédie-ballet douce-amère où la pastorale côtoie une intrigue de mariage malheureux

Après le théâtre, le bal !
La Fête "le grand Divertissement Royal" donné par Louis XIV à Versailles, le 18 juillet 1668, Lepautre Jean (1618-1682) © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Après le théâtre, le bal !

C'est l'usage : un bal succède très souvent à la représentation

Vue du château de Versailles en 1664
© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Vue du château de Versailles en 1664

par Adam Frans Van der Meulen (1632-1690)

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Eh bien dansez maintenant !

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Le Bal, Bosse Abraham (1604-1676) © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Le bal, Arbaham Bosse, en 1634

Le ballet de cour : so french !

Grande invention de Molière et de ses collaborateurs, la comédie-ballet ne sort pas de nulle part. Représenté avec éclat chaque année durant le carnaval, le “ballet du roi” constitue, depuis le règne d’Henri IV, un véritable rituel monarchique. Entouré de gentilshommes choisis mais aussi de baladins professionnels, le souverain se met en scène afin de donner à la cour et à ses sujets l’image idéale du prince vertueux. Très en vogue sous Louis XIII, le ballet de cour né au 16e siècle gagne en éclat sous le règne du jeune Louis XIV, habile danseur. Dans les années 1660, la magnificence des ballets est renforcée par une scénographie ambitieuse. Les chorégraphies sont de plus en plus élaborées, costumes et décors rivalisent de magnificence et les grands de la cour se mêlent aux danseurs professionnels qui ne vont pas tarder à se produire seuls sur scène.

Un costume scintillant d'or et de pierreries
Ballet "La nuit". Louis XIV en Apollon, Anonyme © RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

Un costume scintillant d'or et de pierreries

Louis XIV en Apollon solaire dans le "Ballet royal de la nuit", au palais du Petit-Bourbon, le 23 février 1653

Un roi danseur

1653 : Le jeune Louis XIV a quinze ans, il vient d'être sacré à Reims roi de France et de Navarre. Mais son activité favorite est la danse qu'il apprend aux côtés des meilleurs maîtres depuis l'âge de sept ans. C’est un danseur remarquable, qui aime la scène et Le Ballet royal de la Nuit, en 1653, arrive à point nommé : la Fronde bat de l'aile et le jeune roi est plus que jamais légitime. Dans cette vaste allégorie de la Nuit vaincue par le Jour, Louis XIV incarne différents personnages (une Heure, un Curieux, un Ardent, un Furieux) pour être, dans la conclusion du ballet, l'incarnation du Soleil : « La troupe des astres s'enfuit, dès que ce grand Roi s'avance ».

La folie du ballet

Cette première apparition du Roi Soleil, symbole qui ne le quittera plus, marque l'apogée d'un ballet de cour exceptionnel : les musiciens Benserade, Boesset, Cambefort et Lambert ont réuni leurs talents pour un spectacle de longue haleine, avec quarante-cinq "entrées" qui voient défiler les personnages, symboles et animaux les plus inattendus, incarnés par les membres de la famille royale, aux côtés de nombreux chanteurs et danseurs professionnels. Les décors et machines de Torelli font merveille dans la salle du Petit-Bourbon, et leur gravure permet la diffusion de cette représentation d'exception, qui sera suivie de six autres. Dansé devant la Reine, la cour et Mazarin, le Ballet de la Nuit pose Louis XIV en figure principale de son royaume.

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Bal a la francoise, Mr Charpentier © BNF

Louis XIV au bal

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La danse baroque, entre politique et divertissement

Danser au temps de Molière est loin d'être un simple divertissement ! Apanage de l'honnête homme, la "belle danse", comme on dit alors, est un art aussi social que politique. Explications avec le danseur Hubert Hazebroucq, spécialiste de la danse au 17e siècle.

Leçon de danse

Le maître à danser
Le Maistre à danser, Bonnart Nicolas © BNF

Le maître à danser

Il donne traditionnellement le cours avec son violon

Notation des pas de danse
Recueil de dances, composées par M. Pécour et mises sur le papier par M. Feuillet, Pécour Guillaume-Louis (1653-1729) © BNF

Notation des pas de danse

Selon le système mis au point par Pierre Beauchamps

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La cour, berceau des comédies-ballets

L'automne à Chambord
Un Automne à Chambord, Anonyme © Domaine national de Chambord / DR

L'automne à Chambord

En octobre, saison de la chasse, le roi et sa cour partent pour les bords de Loire, direction Chambord et les immenses forêts du domaine

À chaque saison sa résidence

Voulues par le roi, les comédies-ballets sont d’abord créées dans le cadre des divertissements dont Louis XIV régale sa cour, au gré des séjours dans les diverses résidences royales. Et pour divertir tout ce monde, les artistes sont de la partie ! Lully et ses musiciens, Beauchamps et ses danseurs devancent le cortège royal, Molière et sa troupe sont convoqués. Ils quittent prestement Paris et la salle du Palais-Royal pour plusieurs jours, direction l’une ou l’autre des résidences royales.

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Molière, Fessard Etienne © The Trustees of the British Museum. Shared under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International (CC BY-NC-SA 4.0) licence.

1667 : un parfum de Sicile à Saint-Germain-en-Laye

Les comédies-ballets du trio Molière, Lully et Beauchamp sont parfois intégrées aux grands ballets de cour programmés aux mois de décembre et de janvier, pendant le carnaval, le temps fort des festivités à la cour de France ! L’un des plus fameux est sans doute le Ballet des muses, sorte de grand gala qui va durer de décembre 1666 jusqu’au mois de février 1667 dans la salle de bal du château de Saint-Germain-en-Laye. Le roi y danse plusieurs rôles : tantôt un berger, tantôt un poète, tantôt Jupiter. Tous les arts, incarnés par les muses, ont droit à une entrée : parmi eux, le théâtre. Molière écrit deux pièces : une Pastorale comique et une petite comédie en un acte, Le Sicilien ou l’amour peintre.

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Musique servant de récit au Grand Ballet, dix-sept figures, Rabel Daniel (1578-1637) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi / Thierry Le Mage

As-tu là tes musiciens ? Fais-les approcher. Je veux, jusques au jour, les faire, ici, chanter ; et voir si leur musique n’obligera point cette belle à paraître à quelque fenêtre.

Adraste à son valet Hali

"Le Sicilien ou l'Amour peintre", acte I

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« Les Amants magnifiques », splendeur et mythologie

C’est l’un des spectacles les plus coûteux commandés par le roi. Un divertissement royal hors de prix conçu par Molière, en collaboration avec Lully, Beauchamps et Vigarani qui fut représenté à Saint-Germain-en-Laye en 1670 et ne sera jamais repris à la ville du vivant de Molière. Coup de projecteur, avec Laura Naudeix, qui a dirigé l´ouvrage Molière à la cour : Les Amants magnifiques en 1670 (2020), sur cette comédie-ballet méconnue à la frontière de la fête et du théâtre.

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