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Réécritures en folie

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Le Médecin malgré lui, comédie de Molière, arrangée en opéra comique par Jules Barbier et Michel Carré Gounod, Charles (1818-1893) © BNF

Partition du « Médecin malgré lui » de Charles Gounod (1858)

Molière à l'opéra

La « folie Molière » va doucement s’emparer du 19e siècle… Dans les années 1850, Charles Gounod, auteur du fameux Faust avec son célébrissime air des bijoux, s’intéresse au Médecin malgré lui et compose un savoureux opéra-comique en trois actes d’après la comédie de Molière. Les passages chantés sont confiés à deux librettistes, mais les passages parlés sont bel et bien le texte original… Une réécriture en toute liberté, qui n’est pas du goût de tous ! La Comédie-Française essaye de faire annuler les représentations, qui démarrent le 15 janvier 1858… Le public, lui, est conquis et l’œuvre sera reprise régulièrement jusqu’au milieu du 20ᵉ siècle.

Quand Saint-Saëns s’en mêle…

En 1892, c’est Camille Saint-Saëns, le compositeur du Carnaval des animaux, qui entreprend de « restaurer », puis de publier la musique du Malade imaginaire de Charpentier : la partition disponible est alors incomplète. Saint-Saëns adore écrire pour le théâtre et collabore régulièrement avec la Comédie-Française… Le compositeur n'y va pas de main morte pour boucher les trous de la partition de Charpentier, alors incomplète. Il réécrit une ouverture et certains intermèdes. Bois, cuivres, percussions, cordes, l’orchestration est éclatante, toute empreinte de romantisme.

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Le Malade imaginaire : comédie-ballet en 3 actes de Molière musique de M.-A. Charpentier ; restaurée par C. Saint-Saëns ; partition chant et piano réduite par Gabriel Marie © Coll. Comédie-Française
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Le Bourgeois Gentilhomme, Molière Jean-Baptiste, Lully Jean-Baptiste, Recto du coffret et des pochettes Decca © CC

Grand admirateur de Molière, Richard Strauss se lance, en 1917, dans l’écriture d’un opéra sur Le Bourgeois gentilhomme. Ce sera finalement une suite orchestrale en neuf parties qui sera créée à Vienne le 31 janvier 1920! La partition reprend des airs de Lully, dont le fameux Menuet de Monsieur Jourdain.

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Le peintre russe Alexandre Nikolaïevitch Benois (1870-1960) réalise, pour son ami Serge de Diaghilev, les maquettes des costumes pour l'opéra-comique "Le Médecin malgré lui".

Molière sauce Ballets russes

1923, entre-deux-guerres. C’est la belle époque des ballets russes, qui éblouissent le public de Paris et de la côte d’Azur. Leur directeur, Serge Diaghilev, a bien compris, avec son sens aiguisé du spectacle, l’éblouissement inhérent au genre de la comédie-ballet. Il demande à Erik Satie de retoucher la partition du Médecin malgré lui de Gounod pour une série de représentations à Monaco. Afin que l’œuvre soit entièrement chantée et dansée, Satie remplace les parties parlées par des récitatifs de son cru. L’année suivante, Diaghilev commande au compositeur Georges Auric une nouvelle musique de scène pour la première comédie-ballet de Molière, Les Fâcheux. La création a lieu à Monte-Carlo : la chorégraphie de Beauchamps est remplacée par celle de Boris Kochno, les décors et costumes sont signés Georges Braque. Du beau monde !

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Décor pour les Fâcheux, Regards sur Paris, Braque George © Odon Wagner Gallery / DR

Georges Braque, décor des rues de Paris pour "Les Fâcheux"

Georges Braque réalise quinze planches pour le décor et les costumes du ballet tiré de la comédie de Molière

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Costume pour les Fâcheux, Braque George © Odon Wagner Gallery / DR

Georges Braque, costume pour "Les Fâcheux"

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La princesse d’Elide, coupures de presse

La Princesse d’Elide est à l’affiche de la Comédie-Française, le 20 janvier 1970, dans une mise en scène de Jacques Charron. La musique a été confiée à un grand compositeur de musique de film : George Delerue.

Le « Molière imaginaire » de Nino Rota

Trois cent ans après la disparition de Molière, un musicien italien, un certain Nino Rota, qui vient de composer pour l’écran la bande-originale du Parrain de Francis Ford Coppola, plonge la tête la première dans le théâtre de Molière et compose une musique de ballet d’une heure et demi. Son nom ? « Le Molière imaginaire ». Une joyeuse « ballet-comédie », chorégraphiée par Maurice Béjart.

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Maurice Béjart, 1953, Studio Harcourt (créé en 1934) © Ministère de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Studio Harcourt

La chorégraphie est signée Maurice Béjart

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Molière à l’écran

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Louis de Funès Harpagon, L’Avare, 1979 © United Archives GmbH / Alamy Banque D’Images

Une belle fortune au cinéma

Molière connaît une belle fortune au cinéma, que ce soit dans des pièces filmées au théâtre ou dans des adaptations entièrement pensées pour le petit et le grand écran : L’Ecole des femmes, Le Misanthrope, Les Fourberies de Scapin, mais aussi le fameux Dom Juan de Marcel Bluwal avec Claude Brasseur et Michel Piccoli, sorti à la télévision en 1965… Et puis, bien sûr, il y a l'impayable Harpagon de Louis de Funès, en 1980, dans un Avare devenu culte ! Certaines comédies-ballets sont elles-aussi portées à l’écran, avec ou sans musique et danse.

Une fresque cinématographique

En 1978, Ariane Mnouchkine retrace la vie de Jean-Baptiste Poquelin et de sa troupe à l’écran, dans Molière ou la vie d’un honnête homme, une fresque poétique et lyrique sur la vie d’artiste sous la monarchie absolue. Quatre heures de cinéma sur le théâtre… La metteure en scène y raconte l’enfance de Jean-Baptiste Poquelin, au rythme du carnaval, son admiration pour le grand Scaramouche et filme sa collaboration avec les musiciens, comme la rencontre, sur les routes du sud, avec le luthiste vagabond Charles Coypeau d’Assoucy. La bande-originale est signee René Clemencic, mais Ariane Mnouchkine utilise la musique de Purcell, le fameux "Air du froid" extrait du Roi Arthur, lors de la scène de la mort de Molière.

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La grande fresque cinématographique de Molière, affiche, 1978 © Ariane Mnouchkine
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© Ariane Mnouchkine / Théâtre du soleil
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Le frisson de la redécouverte

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Le Centre de Musique baroque de Versailles, installé dans l'Hôtel des Menus Plaisirs

La révolution baroque

À partir des années 1980, révolution ! Les musicologues entreprennent de restituer les manuscrits de manière authentique, et les artistes de jouer la musique baroque au plus près de l’interprétation de l’époque. C’est la naissance de la démarche « historiquement informée »… Le Centre de Musique baroque de Versailles a ainsi initié un grand travail d’édition des musiques de Marc-Antoine Charpentier pour les comédies de Molière, sous la direction de Catherine Cessac, grande spécialiste du compositeur, avec, notamment, la musique du Malade imaginaire et des différents états de la partition, revue à au moins trois reprises suite notamment aux restrictions imposées par Lully. Plus récemment, une nouvelle édition complète des* Fâcheux*, la première comédie-ballet de Molière composée par Pierre Beauchamps, avec la participation de Lully pour une danse, est parue, sous la direction du musicologue Matthieu Franchin.

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Sganarelle ou le cocu imaginaire, par les comédiens de l’atelier Théâtre-Molière-Sorbonne © Harmonia Sacra / Francis Delaby

"Sganarelle ou le cocu imaginaire" par les comédiens de l'atelier Théâtre-Molière-Sorbonne

Un triptyque Molière pour 2022

Le metteur en scène Vincent Tavernier ne lésine pas pour célébrer les 400 ans de Molière : au programme, trois comédies-ballets qui illustrent les facettes du genre tel que Molière l'a pratiqué. Il nous présente le projet "Molière 2022" et partage son amour inconditionnel pour le répertoire des musiques de Molière.

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"La comédie-ballet, c'est de la comédie musicale !"

La parole au chef ! Hervé Niquet, à la tête de son ensemble Le Concert spirituel, dirige les trois comédies-ballets du projet Molière 2022. Pourquoi aime-t-il ce répertoire et comment travaille-t-il avec ses collègues chorégraphes et metteurs en scène ? L'artiste se confie.

"Je veux que vous vous réjouissiez auparavant, que vous chantiez, que vous dansiez !"

"Chantons sous la pluie"
Gene Kelly, Singin’ in the Rain, 1952 © APL Archive / Alamy Banque D’Images

"Chantons sous la pluie"

de Gene Kelly et Stanley Donen (1952)

"Les Demoiselles de Rochefort"
Les demoiselles de Rochefort, 1967, Jacques Demy © RGR Collection / Alamy Banque D’Images

"Les Demoiselles de Rochefort"

de Jacques Demy et Michel Legrand (1967)

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La comédie-ballet est le lieu du désir, du jaillissement et de la vie, où farce, loufoquerie, courses poursuites, chansons délirantes et intrigues subtiles font passer en quelques notes, en quelques répliques, en quelques pas de danse de la passion triste à la folie jubilatoire, avec une énergie à nulle autre pareille. Un extraordinaire déferlement de vitalité et un remède salvateur contre la morosité et l’angoisse !

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